08 mai 2012

Deux jours parmi les moines bouddhistes de l’IBEC

Le bus nous laisse au bord de la route en fin de journée. De là nous trouvons un tuctuc pour nous conduire au International Bouddhist Education Center (IBEC) où Kyaw Min, un jeune Birman avec qui nous étions en contact nous attend.

L’IBEC est un centre important et tout le monde dans la région le connait. Il faut dire que dans ce pays où l’éducation publique reste trop chère pour la plupart des familles, les enfants vont souvent étudier dans des centres d’enseignement gratuits gérés par des moines. L’IBEC a été créé il y a 5 ans seulement et accueille 200 à 300 élèves. Ceux qui viennent de loin sont pensionnaires, les enfants pauvres des villages voisins rentrent chaque soir chez eux. Quelques bénévoles étrangers y ont séjournés et le centre essaye d’ouvrir ses pensionnaires à l’international, en enseignant entre autre l’anglais et l’informatique. D’autres langues sont prévues comme le français, le japonais ou le chinois mais pour le moment les enseignants manquent. Fondé par 9 moines, l’IBEC est financé uniquement par des donations. Ils sont en permanence à la recherche de donations ou de bénévoles. Vous pouvez les trouver sur internet et facebook ou en me contactant.

A notre arrivée, Kyaw Min vient à notre rencontre. Nous sommes stupéfaits par son accent anglais 'so British'. Il nous explique qu’il a travaillé des années comme guide touristique et a perfectionné son anglais auprès des étrangers. Il a déjà enseigné l’anglais dans le passé à l’IBEC mais cette fois-ci il a décidé d’y consacrer une année au service des autres.

Toutes les familles birmanes bouddhistes envoient à un moment donné leurs enfants chez les moines afin qu’ils y reçoivent une éducation bouddhiste de base. Mais alors que la plupart restent « novices », notre ami Kyaw Min a été jusqu’au niveau supérieur, celui de moine. Qu’il a ensuite quitté pour travailler comme guide.

Nous sommes reçus par le principal de l’école puis nous rencontrons tour à tour presque tous les moines fondateurs de l’IBEC. Nous discutons avec eux dans une ambiance décontractée. Ils revêtent une tenue informelle, c'est-à-dire une version simplifiée de la robe marron du moine et après avoir fait connaissance, ils offrent de répondre à toutes nos questions concernant le Bouddhisme. Et des questions nous en avons beaucoup !

Nous apprenons ainsi que le bouddha a laissé 42 livres transcrits phonétiquement en Birman. Ces textes sont répartis en 3 parties qu’on peut résumer ainsi : la vie de bouddha, les règles de discipline à suivre, comment se comprendre et comprendre le monde.

Les moines ne peuvent avoir de famille ni toucher une femme (de façon sensuelle, c'est-à-dire qu’ils peuvent lui serrer la main). Ils ne peuvent non plus rien posséder en dehors des 8 objets (dont leur robe, le pot qu’ils utilisent pour demander l’aumône). Cela afin de se libérer de toute attache qui serait une entrave au monde spirituel. Chaque jour ils doivent méditer ou étudier les textes du bouddha.

Pour se nourrir le moine doit compter sur la générosité des autres sans jamais demander (il ne peut pas mendier). Parmi les choses qui lui sont interdites, celle-ci est intéressante : s’attribuer certains pouvoirs ou qualités spéciales pour attirer des fidèles.
Les moines peuvent manger de la viande en dehors de 10 animaux (comme lions, éléphants, serpents) mais ne peuvent pas tuer d’animaux ou insectes.

Pendant leurs années avec les moines, les jeunes Birmans sont ‘novices’, on leur rase la tête et ils portent une robe semblable à celle des moines. Le matin ils partent en ville avec leur pot pour demander l’aumône. Nous avons vu que les habitants versent du riz dedans.
Les robes rose pâle sont celles des nones. Nous n’en rencontrons pas beaucoup sur place mais il y en a beaucoup en ville. Elles viennent nous trouver un peu partout avec un récipient métallique pour demander de l’argent sans dire mot mais en insistant parfois lourdement en faisant sonner les pièces dans leur pot. Les moines sont beaucoup plus discrets.
Bien sur nous voyons bien que nos amis ne respectent pas toutes les règles à la lettre, la vie du moine se modernise avec le pays tout entier…

Il y a une salle de bain vip et celle des moines. Comme ils insistent, le soir je vais me baigner avec eux. La salle de bain en plein air est un grand contenant en béton recouvert d’un toit. On utilise un seau pour s’asperger de l’eau puisée dans le contenant. Cette eau est tiède mais pas vraiment transparente. Le seul problème est que les moines gardent tous leur robe pour se laver, alors que moi… je n’ai pas de robe et personne ne m’avait prévenu ! Mais comme il fait nuit ce n’est pas vraiment un problème.

Le soir nous dormons dans un dortoir presque vide, et je me lève à 4h du matin à la sonnerie de l’alarme : un moine frappe un tronc creux suspendu à l’aide d’une branche. D’abord des coups très espacés puis de plus en plus rapides.

Je suis parmi les premiers à la "douche". A 4h30 les élèves les plus studieux sont déjà en train d’étudier alors que la plupart sont encore en train de se brosser les dents. Avant 5h tout le monde est en train de murmurer à haute voix : dans les salles de cours mais également dans chaque dortoir. On pourrait croire qu’il s’agit d’un rituel religieux mais en réalité c’est la façon dont ils apprennent leurs leçons par cœur, en lisant à haute voix. En effet nous sommes en pleine période d’examen et les révisions occupent toute la journée.

A 5h les plus jeunes qui n’ont pas d’examens se rassemblent au son d’une sorte de cloche métallique plate et se mettent en file indienne du plus âgé au plus jeune. Ils ont tous leur pot en main et vont en ville chercher de la nourriture.

Nous prenons le petit déjeuner avec notre ami, bientôt rejoints par des moines qui proposent gentiment de répondre à nos questions. Plus tard nous voyons deux pick up (sortes de camions) que les petits moines et étudiants ont tôt fait de remplir : ils partent vers le centre d’examen. Comme il n’y a que deux camions ils doivent faire deux aller-retour pour emmener tous les étudiants.

Lorsque les étudiants reviennent, ils ont l’air heureux. Nous déjeunons avec eux et faisons plein de photos pour leur plus grand bonheur !
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